Le retour du papier à l'ere du numérique

Le retour du papier à l’ère du numérique

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Un monde sans papier ?

C’est pas demain la veille.

Demain s’ouvrira la Foire du Livre de Bruxelles et, même si la Foire fait la part belle à l’édition numérique, il est évident pour tout visiteur à Tour & Taxis que le livre papier reste une valeur sûre. Même dans la sphère professionnelle, le bureau « zéro papier » relève encore de la fiction. Nos armoires de rangement débordent de dossiers suspendus ; nos tiroirs de Post-it et cartes de visite. Des agendas et cahiers en tous genres occupent toujours de larges rayons des papeteries en janvier et septembre.

Le monde du futur, minimaliste et sans papier (je le visualise toujours comme l’appartement-capsule de Bruce Willis dans le Cinquième élément) n’est pas pour demain. Et je n’affirme pas ça uniquement parce que j’adore tout ce qui est fait de papier.

L’avènement de la liseuse

Commençons par les liseuses. De notre côte de la Manche (et de l’Atlantique), les liseuses et livres électroniques n’ont jamais dépassé une part de marché de 5 %. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, par contre, ils ont remporté un vif succès (environ 22 % de part de marché) dès leur lancement. Si vous aviez pris le métro londonien en 2011 ou 2012, vous auriez été frappé comme moi de voir tant de voyageurs le regard plongé dans leur liseuse.

Debout dans des voitures bondées en heure de pointe, il est plus confortable de tenir d’une seule main une liseuse de 200 g que le tome 1 des Piliers de la Terre (1076 pages en format poche dans la version anglaise). Sans compter que la possibilité de choisir la taille de la police d’écriture et le contraste sont un confort inespéré pour quiconque porte ou devrait porter des lunettes. De plus, vous avez un accès instantané à un dictionnaire. Pas inutile si vous lisez la prose inspirée de John Steinbeck ou Bernard Pivot. L’avantage suprême est certainement la possibilité — parvenu plus tôt que prévu à la fin du tome 1 un samedi soir très tard dans un village de 65 habitants du Languedoc-Roussillon — de télécharger le tome 2 et ainsi étancher sa soif de lecture. Si vous avez eu l’occasion de lire Les Piliers de la Terre, vous voyez EXACTEMENT de quoi je parle.

… et son déclin

Pourtant, reprenez la Northern Line entre King’s Cross et Camden aujourd’hui et vous compterez plus de livres papier que de liseuses. En 2015 déjà, on constatait une première baisse de la vente de livres électroniques en faveur de livres classiques. La chaine de librairie Waterstone’s s’était associée à Amazon en 2012 et vendait dans ses librairies des liseuses Kindle. Celles-ci ont disparu des étalages depuis deux ans.

Ce recul s’explique premièrement par le fait que les utilisateurs n’ont pas encore eu besoin de les remplacer. Deuxièmement, de nombreux lecteurs de livres numériques lisent désormais sur leur tablette ou leur smartphone. Troisièmement, Amazon — à la suit d’un accord conclu avec Hachette — a revu ses prix à la hausse en 2015. Enfin et surtout, certains de ses adeptes de la première heure sont déçus du manque d’innovation : la qualité et la facilité de lecture n’ont pas suffisamment évolué depuis les premiers modèles. Sans doute la petitesse du marché n’en vaut-elle pas la peine. Ces mêmes lecteurs compulsifs sont ainsi retournés à leurs premières amours.

Cohabitation cordiale

J’ai installé l’application Kindle d’Amazon sur mon téléphone et je l’utilise comme un fumeur se jette sur la cigarette de secours cachée au fond d’une poche. C’est mon dernier recours quand je suis prise au dépourvu (comprenez « sans lecture ») dans une salle d’attente.

Je trouvLe retour du papiere le livre papier plus amical. On le touche, on l’annote (oui, j’annote mes livres — rien que les miens, les vôtres sont à l’abri), on regarde discrètement ce que le voyageur assis sur le siège voisin est en train de lire, on se le prête entre copines, on emporte son préféré en voyage — comme un doudou. Sauf cas exceptionnel, j’ai un livre dans mon sac : je veux bien vivre dangereusement, mais il y a des limites. C’est comme ça que ces deux formats cohabitent dans ma vie.

Le carnet est de nouveau tendance

Alors qu’au bureau j’ai été la première à renoncer à l’agenda traditionnel au profit du calendrier partagé (principalement pour ses rappels et alertes indispensables à la maîtrise de ma distraction quasi légendaire), j’ai toujours un carnet, un cahier, un bloc-notes quelque part sur ma table de travail. J’y note mes listes de choses à faire, mes idées pour plus tard, mes inspirations soudaines (ça arrive – particulièrement en réunion quand je rêvasse que je suis n’importe où sauf dans cette salle étouffante du troisième étage). J’ai bien une application mémo sur mon téléphone, et je m’en sers faute de mieux, mais je préfère de loin mes jolis petits cahiers.

Le « bullet journal »

Le retour du papierUn autre grand distrait a poussé l’idée plus loin et a décidé de réunir dans un seul carnet tous les aspects pratiques de sa vie. Cette tête en l’air s’appelle Ryder Caroll et a inventé le concept de « bullet journal » (journal de listes à puces). Plus de Post-it, plus de listes volantes, plus d’agenda en tant que tel. Un seul carnet où tout trouve sa place. Il l’appelle « l’outil analogique de l’ère numérique».

N’allez pas croire que Ryder Caroll est réfractaire aux nouvelles technologies ou ne les maîtrise pas : il travaille en tant que concepteur de produits numériques et de design interactif. Il est simplement arrivé à la conclusion qu’un petit cahier est plus pratique qu’une application pour organiser son quotidien et son esprit bouillonnant.

Ryder a décidé de partager son idée en créant son site web. Vous y retrouverez une vidéo explicative (sous-titrée en français).  Depuis sa première publication, son idée a inspiré des milliers de distraits à travers le monde qui se sont approprié ce système en l’adoptant à leurs besoins et, pour les plus audacieux, en y ajoutant leur créativité. Instagram et Pinterest regorgent d’exemples ravissants et pratiques à la fois.

Comment créer votre bullet journal ?

Choisissez un carnet (ni trop grand, ni trop petit) et commencez par réserver quelques pages pour alimenter le futur index de votre journal afin de retrouver facilement toutes les précieuses informations que vous allez lui confier. Maintenant, il est temps de penser à moyen terme : notez vos projets pour les six prochains mois, puis créez une page plus détaillée pour chaque mois. Vous aurez donc à la fois une vue d’ensemble et une vue plus précise des six prochains mois.

Libre à vous d’ajouter des listes au gré de vos envies : « liste des livres que j’aimerais lire » ; « liste des choses à emporter sur l’île de Jersey l’été prochain » ; « liste des lieux de promenade sympa ». De nombreux utilisateurs se servent de leur journal pour relever les jours où ils ont tenu leur bonne résolution du moment : ils ajoutent une gommette (ça ne vous rappelle rien ?) ou colorient une case pour chaque jour sans cigarettes ou avec yoga.

Le retour du papierSi, comme moi, vous dessinez comme un joyeux galopin de trois ans qui a mangé en cachette tout un sachet de cerises Haribo, ou que votre écriture n’est lisible que par vous, lancez-vous également ! Osez vous tromper, raturer, recommencer, arracher des pages : ce carnet n’est que pour vous.

Ce qui compte selon Ryder, c’est que le bullet journal vous aide à gérer le quotidien et à être « productif plutôt qu’occupé ».

Chers amoureux du papier, respirez sereinement. Votre ami de toujours a encore de belles années devant lui. Que ce soit pour se détendre ou organiser sa vie entière, le papier demeure notre allié – et le numérique son bras droit.

2 thoughts on “Le retour du papier à l’ère du numérique

  • Très bel article.

    • Merci beaucoup!
      Magali

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