La journée de travail de six heures

La journée de travail de six heures

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Il y a tout juste deux ans, la deuxième plus grande ville de Suède, Götenborg, a lancé un projet pilote : la journée de travail de six heures pour un salaire inchangé. L’expérience a été menée dans une maison de retraite de la ville.

Ce projet a suscité l’intérêt de nombreux responsables publics à travers le monde, notamment en Belgique. L’on attendait de cette baisse d’heures travaillées une augmentation du nombre d’emplois, un meilleur équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, une diminution des congés maladie.

Sur tous ces points, le projet est une réussite.

Les promesses tenues

Les membres du personnel de la maison de retraite déclarent être plus satisfaits et avoir plus d’énergie, ce qui se fait sentir aussi bien à la maison qu’au travail. Par exemple, ils organisent ainsi plus d’activités avec les résidents, les emmenant plus souvent en promenade, et organisant des jeux. Les résidents se sentent donc mieux entourés et plus heureux eux aussi.

Par ailleurs, les congés pour maladie parmi les membres du personnel ont baissé de 10 % par rapport au groupe contrôle. Leur état de santé « perçu » serait 50 % meilleur qu’auparavant.

De plus, 15 personnes ont été engagées pour renforcer les équipes (qui comptaient un total de 82 personnes), ce qui a réduit les coûts d’indemnités de chômage aux autorités publiques.

Un coût rébarbatif

Néanmoins, l’expérience a coûté très cher à la collectivité : environ 300 000 euros (3 millions de couronnes suédoises).

Malgré ses promesses tenues, pour l’heure, l’aventure des 6 heures de travail par semaine s’arrêtera donc là.

Des bénéfices difficiles à quantifier

Pourtant, Daniel Bernmar, le maire adjoint de la ville, défend l’idée de la journée de travail de 6 heures. Dans une interview à Euronews, il argumente que les économies à long terme n’ont pas pu être calculées et donc déduites du coût estimé. Il explique notamment que des journées de travail moins longues permettraient à tous de travailler plus longtemps et, sans doute, en meilleure santé. On pourrait alors en conclure que les coûts liés aux préretraites et aux soins de santé diminueraient de manière significative.

En poussant la réflexion un peu plus loin, on peut imaginer que les femmes — qui travaillent plus fréquemment à temps partiel que les hommes — seraient les premières bénéficiaires d’un tel bouleversement dans le monde du travail. Elles pourraient garder un emploi à temps plein (et ainsi leur droit à une retraite complète) tout en ayant des horaires leur permettant de s’occuper de leur famille.

Même si le bien-être et la qualité de vie au travail sont difficilement quantifiables, on pourrait argumenter que les cas de burnout se raréfieraient, engendrant d’autres économies au système de sécurité sociale.

Plus efficace que les 35 heures en France

D’aucuns argumenteront que les 35 heures d’application en France depuis 2000 n’ont pas permis la création d’emplois espérée et que rien ne garantit que la journée de six heures ferait mieux.

D’autres arguments en faveur de la journée de 6 heures méritent malgré tout d’être soulignés. Partout en Europe, l’âge du départ à la retraite augmente. Cela suppose que les ouvriers et employés censés travailler jusque 67 ou 70 ans soient en état de le faire. Préserver leur santé tout au long de leur vie en diminuant les heures de travail faciliterait ce changement. D’autant plus que 85 % des Belges aujourd’hui se disent capables de travailler jusque 62 ans et souhaitent le faire jusque 60 ans.

Par ailleurs, dans le contexte actuel de crise économique et de changement technologique où les robots et ordinateurs effectuent de plus en plus des tâches qu’on pensait réservées aux cerveaux humains, l’idée de partager les emplois pour qu’il y en ait pour tous me semble belle.

Trop tôt

D’autres la qualifieraient d’utopique. Cela étant, quand les représentants des ouvriers ont exigé 15 jours congés payés (et les ont obtenus en 1936 en France et en Belgique), l’idée devait paraître chimérique également.

Nous ne sommes pas encore prêts. Il faudrait d’abord que les inégalités diminuent entre les salariés d’ici et d’ailleurs. Quand les ouvriers des usines du bout du monde (en Inde, ou en Afrique que l’on décrit maintenant comme « l’usine de la Chine») travailleront dans des conditions décentes, nos successeurs en reparleront peut-être.

D’ici là, je vous souhaite de vous épanouir dans votre travail et de mettre à profit vos congés payés pour faire ce que vous aimez !

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