Les dilemmes de la Génération Y

Les dilemmes de la génération Y

Magali
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La génération Y ou les enfants gâtés

Nés entre 1980 et 1995, les représentants de la génération Y — dont je fais partie — sont souvent mal compris par leurs aînés, aussi bien au travail que dans la vie privée.

Nous sommes — à juste titre souvent — considérés comme une génération privilégiée. L’accès répandu à la contraception a fait de nous les premiers enfants attendus et désirés. Nous avons été choyés. Nous avons été les premiers à grandir dans une société de consommation nous permettant de choisir parmi des centaines de jouets. Nous avons joui de plus de libertés telles que la majorité à 18 ans ; l’abandon du service militaire pour les garçons ; une tendance vers plus d’égalité hommes-femmes. Nous avons eu accès plus facilement aux  études supérieures ; nous représentons la première génération « Erasmus » et avons bien plus voyagé que nos parents à notre âge. En bref, nous avons bénéficié de toutes les chances que nos parents auraient aimé avoir (et dont nos grands-parents auraient à peine osé rêver).

Il n’y a qu’à choisir

Déjà au moment de choisir notre futur métier ou nos études, nous avons beaucoup hésité et réfléchi. Aujourd’hui dans la vingtaine ou la trentaine, notre indécision et nos hésitations rendent perplexes ceux qui nous côtoient. Ne devrions-nous pas être ravis d’avoir tant de choix ? Quel luxe ! « De mon temps, on ne faisait pas les difficiles, on prenait ce qu’il y avait ».

Non seulement ne parvenons-nous pas à choisir, mais voilà maintenant que nous culpabilisons de nous comporter comme des enfants gâtés.

Nous avons déjà discuté ici de l’impossibilité de faire des choix, et jouer à pile ou face ne nous aidera pas à choisir un métier plutôt qu’une autre, à décider d’une ville ou d’un pays où s’installer, à savoir si l’on veut se marier ou pas, si l’on veut des enfants ou pas et, si oui, quand.

La frayeur de ne pas prendre la bonne décision peut pousser les individus à refuser de choisir — les empêchant ainsi de continuer leur vie. Or, il vaut mieux faire un mauvais choix que de ne pas choisir du tout.

De plus, ces décisions font généralement surface entre 25 et 35 ans. C’est une décennie décisive pour le reste de la vie.

Plus encore, on entend depuis notre enfance qu’aujourd’hui tout est possible. Nous pouvons étudier à l’étranger, travailler partout dans l’Union européenne (ou ailleurs), vivre en couple ou pas, marié ou pas. Les possibilités sont illimitées, il suffit d’opter pour une voie.

Et si nous échouons ?

Le revers de la médaille est bien sûr que si tout est réellement possible et que nous n’atteignons pas nos objectifs, nous sommes les seuls responsables de notre échec — des ratés, en somme. Nous ne pourrons pas reprocher à notre père de ne pas avoir voulu nous inscrire à l’université ou à notre famille de nous avoir incités à nous marier si jeunes. Aujourd’hui, nous sommes libres. Si nous échouons, ce sera uniquement de notre faute.

Comment ne pas être terrifié alors à l’idée de se tromper ?

Les dangers de la comparaison

Debout dans le train, serrés comme des sardines, chacun de nous peut voir sur les réseaux sociaux nos amis ou d’autres gens de notre âge (voire plus jeunes) voyager aux quatre coins du monde, dîner dans des restaurants gastronomiques, se livrer à des sports extrêmes, partir en safari, fréquenter les lieux à la mode, faire le tour du monde avec leur parfaite petite famille, habiter des villas décorées par des professionnels, ou vivre d’autres expériences enviables.

À côté de ces photos ou vidéos de vie idéale, la nôtre — pourtant à bien des égards tout à fait satisfaisante — semble quelconque. Même si nous avons la chance d’avoir plus de recul par rapport à de telles images que les adolescents, dans une certaine mesure, les jours de blues, celles-ci nous atteignent malgré tout.

Cette attitude envieuse n’est pas nouvelle : jadis on se comparait au voisin. Aujourd’hui, elle est plus pernicieuse, car elle ne se limite plus aux personnes de notre entourage, mais s’applique à des millions d’hommes et de femmes.

Sans compter sur la publicité omniprésente qui entretient cette idée défendue sans vergogne par Jacques Seguela (publicitaire français) qui veut que si l’on n’a pas une Rolex à cinquante ans, on a raté sa vie.

Au-delà des apparences

Nous savons pourtant pertinemment que nous ne devrions pas nous fier aux profils d’Instagram. Notre propre expérience des réseaux sociaux devrait nous avoir appris cette leçon : à l’heure du numérique, rien n’est vrai sur une photo. Il y a quelques semaines, par exemple, j’ai reçu des compliments au sujet d’une photo postée sur Facebook sur laquelle j’étais déguisée en sorcière pour Halloween. L’appareil photo de mon mobile avait fait des merveilles (il dispose d’un filtre automatique qui donne un teint de déesse sortant d’un bain de lait d’ânesse). En vrai, mon maquillage faisait peur, ce qui était le but de l’opération soit dit en passant.

Un jour, nous avons tous pris au moins 17 photos pour mettre à jour notre profil sur LinkedIn. Nous  comprenons donc que toutes ces photos — qui ne témoignent que d’une prise de vue pendant une seule seconde de la vie de quelqu’un — ne sont qu’une mascarade.

De nombreuses stars d’internet commencent d’ailleurs à dénoncer le côté sombre de la notoriété et la pression subie pour sembler mener une vie parfaite.

Jamais assez

Cette tendance renforce le constat que même ceux qui — vus de l’extérieur — ont tout réussi se sentent insatisfaits.

Ils ont eux aussi été habitués à vouloir tout, tout de suite. Ils en veulent toujours plus, mais le problème est de savoir où ils placent la barre.

Nienke Wijnants, conseillère carrière et psychologue de formation, a écrit un livre sur le dilemme des trentenaires (inédit en français) où elle parle de ses clients à qui la vie a tout donné et qui font — à l’aube des trente ans — une crise de la quarantaine avec une décennie d’avance. Elle voit défiler dans son bureau des professionnels accomplis qui estiment que leur vie n’a pas de sens et qui veulent revenir à l’essentiel.

Elle explique ce malaise en partie par la pyramide des besoins de Maslow. La plupart des trentenaires aujourd’hui ont pu satisfaire leurs besoins physiologiques (manger, boire), de sécurité (se sentir à l’abri du danger), d’appartenance (amour, acceptation), d’estime (respect, reconnaissance). Ils arrivent donc très vite à l’étape du besoin de s’accomplir (à savoir d’utiliser son potentiel) qui caractérise la « crise de la quarantaine ».

Pistes à explorer

Comment donc sortir de cette impasse ?

De manière générale, d’après Barry Schwartz, les individus se partagent entre ceux qui ne veulent que le meilleur (les « maximisers ») et ceux qui se satisfont de ce qui est « convenable » (les « satisficers »).

Comme vous l’aurez deviné, ces derniers sont généralement plus heureux que ceux de la première catégorie.

Une fois une décision prise, les « satisficers » profitent de la vie, tandis que les autres sont encore en train de comparer dix restaurants pour le dîner (et une fois le restaurant choisi, ils passeront le temps qui reste à se demander comment étaient les neuf autres).

Scwartz conseille de limiter le nombre d’options à prendre en considération et de ne pas revenir en arrière (par exemple, n’achetez pas d’articles remboursables ou cette option vous trottera dans un coin de la tête).

Dès lors, si vous êtes heureux de ce que vous avez, si chaque jour vous offre une raison de sourire, ne gâchez pas tout en vous comparant à cette actrice aux proportions divines ou à l’ancien camarade de classe devenu chirurgien. Si vous ressentez le besoin de changer de voie ou de commencer quelque chose de nouveau, assurez-vous que c’est ce que vous voulez (et que vous n’êtes pas en train d’obéir à des pressions extérieures).

Caprice ou réel besoin de changement

Si un changement radical s’impose, par contre, avancez pas à pas dans la bonne direction sans vous laisser décourager.

Il y a une dizaine d’années, je travaillais dans une banque — juste avant la crise financière et à des années-lumière des vagues de licenciements annoncés dans le secteur bancaire en 2016. À l’époque, les institutions bancaires étaient reines et y travailler à durée indéterminée était synonyme d’emploi garanti à vie. Je me suis retrouvée dans une équipe fort sympathique, mais dans un rôle d’assistante que je détestais de toutes les fibres de mon corps. Je devais découper des badges, envoyer toujours les mêmes e-mails, organiser les mêmes formations aux mêmes endroits sans jamais sortir de ma prison dorée bruxelloise. On me parlait des « valeurs de la banque » affichées partout autour de moi ou en signature des e-mails. J’en avais la nausée.

Quand j’ai commencé à dire à mes proches que je cherchais un autre poste, certains ont compris, d’autres m’ont regardée avec effarement. Quitter un tel emploi, c’était un caprice de gamine. Peu importait que je me recroquevillais à l’approche de la gare du Midi, que je souffrais d’insomnie, que je pleurais dans les toilettes en arrivant chaque matin. « C’est un bon poste, un emploi sûr. Si tu avais une hypothèque à rembourser, tu ne ferais pas tant de grimaces. »

À la surprise de mes collègues (« Comment ? Tu vas quitter le Groupe ? »), j’ai démissionné. Je venais de décrocher un emploi à durée indéterminée ailleurs. Pas de saut dans le vide (j’ai le vertige), juste un risque calculé.

À la seconde où j’ai annoncé mon départ, j’ai cru renaître. Un de mes collègues, me voyant arriver un matin pendant ma période de préavis, s’est exclamé « Si tu ne pleures pas le dernier jour, je serai vexé. Tu es toute souriante depuis que tu as démissionné ».

La bonne décision

Je n’ai jamais regretté cette décision. Aujourd’hui, le mal-être que je ressentais du lundi au vendredi dans mon bureau de verre serait appelé « brown-out » (« une sorte de crise existentielle de l’employé(e) qui expérimente une réelle incompréhension des tâches professionnelles qui lui sont confiées, soit par l’absurdité de celles-ci soit parce qu’elles sont en conflit avec ses valeurs. »), et je suis partie juste à temps.

Il n’est pas question de baisser les bras à la première difficulté, de se croire trop précieux pour un poste, mais, si l’on est trop malheureux, de prendre le temps de trouver un plan B (pas à pas, vous disais-je) et de partir quand il n’y a plus qu’un petit bond à faire pour monter sur une autre barque.

À nous donc de faire la distinction entre contentement et résignation. Nous devons savoir quand nous accrocher et quand lâcher prise.

Grandir et apprendre à marcher

Chers représentants de la génération Y, nous sommes les premiers à avoir autant de chances à saisir ou à manquer. Il nous faut à la fois faire de notre mieux et nous montrer indulgents en cas d’échec cuisant.

Je suis sûre qu’en grandissant nous nous montrerons dignes des chances que la vie nous a offertes.

En guise de conclusion, je partage avec vous une phrase lue internet, mais dont je ne parviens pas à identifier la source :

« Quand un enfant apprend à marcher et tombe 50 fois, jamais il ne se dit “finalement, marcher c’est pas mon truc” ».

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